Déjeuner d’AJE – 18 juin 2018

Déjeuner d’AJE – 18 juin 2018

Le dernier déjeuner de l’année scolaire s’est tenu lundi 18 juin, au Faou et a rassemblé une trentaine de personnes. Jean-Michel Le Baut, professeur au Lycée de l’Iroise, Anne-Marie Briand-Le Ster et Maryline Abéguilé du Pôle éducation, pédagogie et animation de l’Enseignement Catholique sont intervenus autour du thème des nouvelles pratiques pédagogiques.

Retrouvez ici (cliquez) le bilan de l’année 2017-2018 : Cornouaille à Cœur, Les Mercredis de l’entreprise et les missions des deux volontaires en Service Civique, Léah Cuzon et Ahmeth Gueye.

Thème du déjeuner : Les nouvelles pratiques pédagogiques

Retrouvez le pdf : Cliquez ici

Intervention de Jean-Michel Le Baut

Professeur au lycée de l’Iroise, formateur numérique à l’Académie de Rennes, responsable du projet numérique éducatif « Living Lab Interactik », collaborateur du café pédagogique (travail de veille sur la transformation des pratiques pédagogiques avec le numérique)

Transformation des pratiques avec le numérique

Nous avons tous en tête le schéma du maître face à l’élève, en frontal. Aujourd’hui, il y a une réflexion sur le mobilier de la classe et une remise en question de la disposition de classe en « autobus » (le professeur devant les élèves alignés).

On passe du face à face, au côte à côte, on vit une révolution avec de nouvelles pratiques et de nouvelles écritures numériques. Cette révolution technologique de l’écriture est comparable à celle du passage de l’oral à l’écrit ou à la révolution de l’imprimerie.

« Je me considère autant comme un community manager que comme un prof »

« On ne peut plus attendre des élèves de 2018 la même relation au livre que celle que l’on a connu »

Le numérique permet d’écrire en collaboration, en interaction avec d’autres personnes. Désormais, lire, écrire, publier, sont des actions qui vont ensemble. Il faut abattre les stéréotypes, jamais, dans l’histoire de l’humanité, les jeunes n’ont autant écrit, et ce qu’ils écrivent devient automatiquement public.

Le travail des professeurs est de transformer les appétences en compétences (s’orienter vers la littérature, ne pas se limiter à un langage sms par exemple, apprendre à publier en respectant les codes de l’écriture, etc).

Nous prenons le risque, si nous n’apprenons pas à publier, de créer une nouvelle forme d’illettrisme, nous avons donc, nous les éducateurs, un devoir : il y a une fracture entre les différentes classes sociales, due à l’usage (et non due à un manque d’équipement).

Le défi est énorme : Projet i-voix : www.i-voix.net lancé il y a 10 ans : 25 700 articles, environ 10-15 articles  publiés par les élèves chaque jour, 1 775 000 visiteurs, 3 330 000 pages vues.

I-voix est un blog sur lequel les élèves écrivent des articles pour suivre et traiter le programme de français. C’est un projet en « e-twinning » qui permet à des élèves de différents pays de monter des projets communs (ici avec l’Italie). Les smartphones sont des outils de travail autour de la littérature.

Pourquoi ça marche ?

  • Ce projet permet de reconnaitre l’élève comme sujet-lecteur, le lecteur s’approprie le texte de différentes façons (par le corps, l’écrit, par la voix, etc). Il faut donner à l’écriture un destinataire (autre que le professeur), les élèves écrivent, font du travail, quand cela a un sens, quand il y a un public, un lecteur.
  • De nouveaux gestes d’écriture sont créés avec le numérique (couper, copier, coller, etc), avec ces gestes on écrit mieux, et de façon plus créative, ces gestes amènent des pratiques transformatives (qui posent la problématique du droit d’auteur).
  • La textualité numérique associe des mots à des images, du son, des vidéos, des liens, le texte devient multimédia.
  • I-voix permet de vivre une expérience de la littérature qui soit vivante et formatrice : 98% des jeunes arrêtent de lire de la littérature après le Bac.

Le numérique stimule la créativité chez l’élève et chez l’enseignant.

Intervention d’Anne Marie Briand Le Ster et Maryline Abéguilé

Responsable du pôle Education, Pédagogie et Animation à la Direction de l’Enseignement Catholique ; Enseignante du pôle Education, Pédagogie et Animation à la Direction de l’Enseignement Catholique

Structurer une pensée avec des pratiques collaboratives

L’espace d’apprentissage (la classe) change, avec la mise en place d’îlots, pour amener les élèves à créer des compétences de collaboration et de travail en groupe. L’aménagement est modulaire, au mur apparaissent de nombreuses ressources et affichages.

L’un des objectifs est d’améliorer le bien être de l’élève en créant des espaces chaleureux, qui sont des lieux de vie.

La place de l’enseignant change : les élèves travaillent, réfléchissent, produisent pour construire l’apprentissage. Le professeur a un rôle essentiel pour relier les apprentissages à des compétences et connaissances. Il travaille sur des situations concrètes, réelles qui ont du sens.

Plusieurs pratiques :

  • Au collège : des temps d’accueil le matin (15, 20 minutes) pour se remémorer ce qu’ils ont appris la veille, se réveiller et se mettre en condition de travail, favoriser leur attention et leur mémorisation pour une meilleure consolidation des compétences.
  • Pédagogie active : Projet dès le plus jeune âge : exemple d’une classe de CP qui a eu un partenariat avec Océanopolis.  Les élèves sont dans une démarche de recherche, d’expérimentation, de travail critique. Cela produit une implication forte et apporte des compétences multiples.
  • Pédagogie de projets : EPI, interdisciplinarité (collège, lycée) : largement utilisée
  • Tutorat : des élèves plus âgés (lycée) deviennent des « enseignants » pour des élèves plus jeunes (primaire) : les deux niveaux en bénéficient
  • Temps de réflexivité (entre deux cours ou en fin de journée) : cela rejoint l’interdisciplinarité car les professeurs peuvent mieux réajuster leur discours et mener des projets interdisciplinaires.
  • Le numérique apporte une nouvelle modalité de pensée. La place de l’erreur est différente car l’on peut facilement effacer, recommencer.

Questions

Jean François Castrec : Quel pourcentage des classes mettent en place ces méthodes ?

Anne-Marie Briand Le Ster : Ce ne sont pas seulement quelques initiés, ça ne nécessite pas forcément d’avoir un projet d’une très grande ampleur pour revoir sa façon d’enseigner, créer une modularité. Il y a des établissements entiers où ces méthodes sont vraiment partagées.

Jean-Michel Le Baut : C’est très difficile à chiffrer, et cela pose le problème de la formation qui reste pauvre et qui n’est pas obligatoire dans le secondaire et les enseignants ne trouvent pas la possibilité de remettre en cause leurs pratiques, l’enjeu est peut être aussi de remettre en cause ces modèles de formation, de manière plus coopérative et diffuser l’esprit de coopération chez les profs, ce qui ne fait pas partie de l’esprit du métier.

Jean-Michel Le Baut et Anne-Marie Briand Le Ster : Le numérique est plus un milieu qu’un simple outil, il faut, bien sûr, éduquer les élèves pour les rendre responsables dans l’utilisation des outils numériques et leur évolution dans l’environnement numérique.

Merci aux intervenants !

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